Les ondes sont elles dangereuses?




Peut-on créer des périodes de « silence électromagnétique » dans notre quotidien ?

Téléphone, Wi-Fi, Bluetooth, 4G, 5G, objets connectés… Les radiofréquences artificielles sont devenues une composante permanente de notre environnement. Cela pose une question assez différente de celle, plus classique, de leur éventuelle dangerosité : est-il possible de s'en éloigner momentanément et de créer des périodes de « silence électromagnétique » ? Et que se passe-t-il alors pour notre organisme ?

Le vivant est aussi électrique

Notre organisme utilise en permanence des phénomènes électriques. L'activité du cœur peut être enregistrée par un électrocardiogramme, celle du cerveau par un électroencéphalogramme, et les cellules maintiennent des différences de potentiel électrique à travers leurs membranes.

Il existe donc bien des interactions physiques entre les champs électromagnétiques et la matière vivante. Mais interaction ne signifie pas nécessairement effet nocif.

Les radiofréquences utilisées pour le Wi-Fi ou la téléphonie sont des rayonnements non ionisants. Aux niveaux suffisamment élevés, leur capacité à produire un échauffement des tissus est bien connue. En revanche, aux niveaux correspondant aux usages numériques courants, l'Anses indique qu'il n'existe actuellement pas de preuve d'effets sanitaires établis, tout en poursuivant l'étude d'effets éventuels sur le cancer, le fonctionnement cérébral ou encore la fertilité.

Peut-on « enlever » les ondes de son corps ?

C'est probablement la première idée à clarifier.

Une onde radio ne s'accumule pas dans l'organisme comme peuvent le faire certaines substances chimiques. Lorsque l'exposition disparaît, il n'existe pas un stock de Wi-Fi ou de 5G qu'il faudrait ensuite éliminer.

Par conséquent, parler de « détoxification des ondes » serait scientifiquement inexact.

En revanche, on peut poser une autre question : que se passe-t-il lorsqu'un organisme constamment entouré de multiples sources électromagnétiques passe plusieurs heures dans un environnement où ces sources sont fortement réduites ?

Et cette question mérite davantage d'attention.

Une pièce sous terre : un refuge électromagnétique ?

Une pièce enterrée peut effectivement atténuer une partie des radiofréquences provenant de l'extérieur. Le sol, le béton et certains matériaux absorbent ou réfléchissent une partie de l'énergie électromagnétique.

L'expérience est d'ailleurs très simple : dans une cave profonde, un tunnel ou un parking souterrain, le téléphone perd fréquemment une partie ou la totalité de son réseau.

Mais une cave n'est pas nécessairement une cage de Faraday. Son efficacité dépend de la profondeur, des matériaux, des ouvertures et surtout des fréquences considérées.

Il existe cependant un paradoxe : un téléphone placé dans une zone où la réception est mauvaise peut augmenter sa puissance d'émission pour maintenir la communication. Pour créer réellement un environnement très faiblement exposé aux radiofréquences artificielles, il faudrait donc également maîtriser les sources présentes dans la pièce.

Une pièce enterrée, sans Wi-Fi et avec les appareils sans fil désactivés pourrait ainsi présenter un environnement radioélectrique très différent de celui d'un appartement entouré d'antennes, de téléphones et d'objets connectés.

Cela se mesure : les niveaux de radiofréquences peuvent être quantifiés avec des appareils adaptés plutôt que simplement ressentis ou supposés.

Et la forêt ?

La forêt constitue une autre piste intéressante, mais pour des raisons différentes.

S'éloigner des zones densément équipées peut réduire l'exposition à certaines sources artificielles. Mais une forêt n'est évidemment pas dépourvue de champs électromagnétiques : la Terre elle-même possède un champ magnétique, l'atmosphère présente des phénomènes électriques et nous recevons naturellement différents rayonnements.

Le véritable contraste est donc plutôt entre l'environnement électromagnétique naturel et les multiples radiofréquences artificielles produites par nos technologies.

Passer plusieurs heures en forêt, téléphone éteint, peut simultanément signifier moins de radiofréquences artificielles proches, moins d'écrans, davantage d'activité physique et un environnement naturel différent. Ces facteurs doivent être distingués si l'on cherche à comprendre un éventuel effet physiologique.

Marcher pieds nus : que signifie réellement « se connecter à la Terre » ?

On rencontre également le terme grounding ou earthing : marcher pieds nus sur le sol ou établir un contact conducteur entre le corps et la Terre.

Il existe derrière cette idée un phénomène électrique réel : mettre un conducteur en relation avec la Terre permet d'égaliser son potentiel électrique et d'évacuer certaines charges électrostatiques.

Mais il faut distinguer ce phénomène physique des nombreuses propriétés thérapeutiques parfois attribuées au grounding.

Quelques études ont recherché des effets sur le sommeil, le stress, la douleur ou certains paramètres physiologiques. La littérature disponible demeure cependant limitée et ne permet pas actuellement d'affirmer que se relier électriquement à la Terre neutralise les conséquences d'une exposition au Wi-Fi, à la 4G ou à la 5G.

Autrement dit : la mise à la terre électrique existe ; la « détoxification électromagnétique » n'est pas démontrée.

Et si le véritable sujet était le repos électromagnétique ?

C'est finalement ici que la question devient particulièrement intéressante.

Nous organisons déjà notre vie autour de périodes de récupération : silence sonore, obscurité pour dormir, repos physique, diminution des sollicitations numériques…

Mais nous nous interrogeons beaucoup moins sur l'environnement électromagnétique dans lequel nous passons ces périodes.

Que produirait une nuit dans une chambre sans téléphone actif, sans Wi-Fi et éloignée des principales sources radioélectriques ? Que produiraient plusieurs heures dans une pièce enterrée dont l'environnement électromagnétique aurait été précisément mesuré ? Une journée en pleine nature avec les appareils émetteurs éteints ?

Aujourd'hui, on ne peut pas affirmer qu'une telle période permette à l'organisme de « récupérer des ondes ». Les données sanitaires disponibles ne démontrent d'ailleurs pas que les expositions radiofréquences usuelles nécessitent une telle récupération. L'OMS poursuit néanmoins son évaluation des effets potentiels des radiofréquences sur la santé.

C'est justement ce qui rend la question intéressante : elle peut être posée sans transformer une hypothèse en certitude.

Une expérience finalement assez simple

Plutôt que d'opposer immédiatement « les ondes sont dangereuses » à « les ondes sont sans danger », une autre démarche serait possible : mesurer.

Mesurer l'environnement électromagnétique d'une chambre ordinaire.

Puis celui d'une cave ou d'une pièce enterrée.

Celui d'une habitation lorsque Wi-Fi, Bluetooth et téléphones sont actifs, puis lorsqu'ils sont coupés.

Et enfin celui d'un environnement naturel éloigné des principales infrastructures.

On pourrait alors comparer objectivement les niveaux obtenus.

La première question aurait ainsi une réponse expérimentale : pouvons-nous réellement créer, dans notre quotidien, quelques heures de quasi-silence électromagnétique artificiel ?

La seconde reste beaucoup plus difficile — et probablement la plus passionnante :

si nous y parvenons, notre organisme fait-il la différence ?

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